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PRESENTATION DE LA SELLE-SUR-LE BIED

*
Historique et Patrimoine

Texte : Roland VOUETTE
Illustration : Eugène Vandebeulque.
(Extrait de
bocage-gatinais.info)


Ce village du Gâtinais montargois est situé sur l’axe est-ouest de la vallée de la Cléry. Ce n'est pas par hasard. Il faut en chercher l'origine dans le gué, qui permettait de franchir cette petite rivière bien avant la construction d’un pont en pierres dans les années 1870. Le bourg s’est développé autour d’un carrefour entre deux axes routiers, l’un nord-sud, l’autre est-ouest. Aujourd’hui La Selle sur le Bied est à proximité de plusieurs réseaux autoroutiers.
La commune, qui comprend une trentaine de hameaux, s'étend sur environ 4 kilomètres d'est en ouest et 6 kilomètres du nord au sud, soit quelque 2400 hectares. Son altitude varie de 105 mètres (bourg) à 120/125 mètres (plateau).
Géologiquement, ce territoire est tertiaire. La couche de surface, d’argile à silex, date d’environ 50 millions d'années ; au-dessous, la craie de Sens a quelques 100 millions d'années.

La démographie
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Sous le règne de Louis XIV, en 1686, la commune avait 700 habitants. Comment le sait-on ? A l'époque, les sellois avaient pétitionné pour obtenir un vicaire. Le curé n'arrivait plus à faire face et l'abbé de Ferrières, dont dépendait la paroisse, ne voulait pas payer un vicaire. Les habitants s'étaient donc adressés à l'évêque de Sens et ils estimaient, à l'appui de leur requête, être 700, dont une grande partie dans des hameaux éloignés ; cela ne devait pas être bien loin de la réalité.

L'évolution démographique de la commune est mieux connue depuis que la population est régulièrement dénombrée par des recensements. Elle est significative des grands phénomènes économiques et sociaux que notre pays a connus depuis 150 ans. En 2004 on comptait environ 800 habitants. Le cap du millier d’habitants a été franchi au début de la deuxième décennie du 21ème siècle. En 1975, la population de la commune était descendue en dessous de 550 habitants. En 1936 elle était de l’ordre de 700. Il y a un siècle, un peu en dessous de 900. Mais en 1860, apogée des campagnes du Bassin Parisien, elle avait atteint quasiment 1200 habitants. En 100 ans (1860/1960-70), la population avait donc d’abord diminué de moitié (exode rural) puis, en 25/30 ans (1980/début du XXIe siècle), augmenté de moitié. Aujourd'hui la commune, comme celles qui l’entourent, est dans l'orbite de la grande agglomération parisienne, d’où sa croissance démographique. Au cours des trois dernières décennies, un nouvel habitat résidentiel s’est bâti et quatre lotissements ont été crées (dont deux d’origine municipale). Il est vraisemblable que cette tendance va se poursuivre.


Vocation et activités de la Commune.

La Selle sur le Bied a aujourd'hui une vocation résidentielle, mais pas uniquement. Entre les agglomérations de Courtenay et Ferrières, elle est devenue un petit centre industriel. Elle dispose d'une panoplie à peu près complète de commerces de bouche et de services, y compris maison médicale, vétérinaires, artisans de la plupart des corps de métiers. On est cependant bien loin de la situation du début du XXe siècle où l'on comptait (en 1909) 94 artisans (*1).
Les deux entreprises de l’industrie alimentaire qui se sont installées dans les années 1990 occupent environ 200 salariés.

La Selle sur le Bied est une petite commune certes, mais, à son échelle, elle est diversifiée et pas exclusivement résidentielle : elle participe à la vie économique. A cet égard, l'agriculture joue toujours un rôle majeur (*1b). Elle travaille un sol silico-argileux avec beaucoup de cailloux, et donc de qualité moyenne. Principale faiblesse : sensibilité à la sécheresse et usure du matériel. En 2013, on compte 7 sièges d'exploitation dont un GAEC (groupements d'exploitations agricoles qui travaillent comme une seule entreprise). Au total, il reste une petite dizaine d’exploitants agricoles. Cette population agricole est relativement plus jeune que la moyenne nationale des exploitants. L’agriculture a connu une transformation considérable. Il y a 30/40 ans, il y avait dans chaque ferme, qui pratiquait la polyculture, au moins une dizaine de bovins et parfois un peu plus. Aujourd'hui il reste un seul troupeau laitier. Mais on est passé de 10 à plus de 80 vaches et la production peut atteindre 9000 litres par bête. Le lait est collecté par la Coopérative de Courtenay et sert à faire du brie de Meaux, ce qui exige un lait de qualité.

La céréaliculture est pratiquée par les autres exploitations. La principale céréale est le blé. Il y a aussi du colza, en général tête d'assolement, de l’orge, parfois des pois, du lin ou d’autres cultures spécialisées, et du maïs qui tend à diminuer car il s’accomode mal de la sécheresse estivale. L’assolement se déroule sur quelques années, en fonction du marché. Pour pallier la qualité moyenne des terres, quelques exploitations disposent d'une irrigation à partir de la rivière, de forages et de réserves d'eau. Un essai original : récupérer les eaux de la station d'épuration de l'Usine Martinet épurées, stockées et recyclées pour l'irrigation des terres agricoles.

En 1890 on dénombrait 390 agriculteurs à La Selle sur le Bied dont 180 cultivaient moins de 1 hectare ; il n’y en avait plus que 63 en 1941, 57 en 1945, 30 en 1970, 23 en 1988. Cette évolution souligne l'ampleur des transformations techniques, économiques et sociales. L'évolution des rendements a été considérable... En céréales, on est passé, en moins de 40 ans, de 30 à 80 quintaux à l'hectare. Les ovins, très nombreux jadis (1860 ovins en 1942) ont disparu ainsi que les volailles. Dans le cadre de la PAC, des primes compensent la forte baisse des prix des produits agricoles et constituent une partie importante des revenus des agriculteurs. Une indication d'évolution de la productivité agricole et du pouvoir d'achat des salaires : en 1892, une poule valait 4 francs, une oie 5 francs, un canard 3 francs. Il fallait travailler une journée pour se payer une poule ou un canard.

Eléments d'histoire
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Sur le territoire de la commune, on trouve beaucoup de vestiges néolithiques : des pierres polies, 3 menhirs et 2 polissoirs (dont l'un est inscrit à l'Inventaire supplémentaire et l'autre, un petit, a fait en 2005 l'objet d'un article dans la revue archéologique du Loiret). Il y a 4 à 5000 ans, il y avait donc une présence humaine. Si on remonte plus loin, quelques vestiges (pierres simplement taillées) du paléolithique. L'homme de Neandertal (qui s’est éteint il y a environ 25000 ans) a foulé notre sol.
De la période gallo-romaine, il ne reste rien de significatif ; cela ne veut pas dire que les Gaulois et les Romains n'ont pas vécu ici, la fréquence des préfixes ou suffixes "cour" et "ville" dans la toponymie des environs en témoigne... Il est vraisemblable qu'une grande partie de la commune était défrichée et cultivée, mais il ne subsiste pas de témoignage concret de ces époques lointaines, bien que des fouilles archéologiques permettraient probablement d’en mettre au jour. Autour de l'an mil, il est acquis que s'installe sur le site occupé par le bourg une antenne de la grande abbaye de Ferrières. C'est une cella, devenu probablement assez vite prieuré. D'où l'origine vraisemblable du nom du village. Le bourg proprement dit, comme la plupart des villages du centre et du nord de la France (*2), se crée d’ailleurs véritablement à cette époque, aux XIème ou XIIeme siècles. C'est l'époque des grands défrichements et de l'essor démographique.

Au cours du Moyen Age et jusqu'en 1789, la société d'ancien régime a existé ici comme ailleurs. Le principal personnage du village est le seigneur du château, lui-même vassal de l'abb
é de Ferrières.Tout le territoire qui constitue aujourd’hui la commune ne relève cependant pas de ce seigneur. Il existe d'autres fiefs : Caubert, Gonois, Mont Epineux, les Renards… dont les titulaires peuvent être ses vassaux ou relever d’une autre suzeraineté. Partout où il y avait un pigeonnier, il y avait un fief. La très grande majorité de la population travaille la terre. Elle est sortie du servage vers le 12ème siècle mais demeure soumise au paiement des droits seigneuriaux et à diverses servitudes. A noter pour la vallée de la Cléry une « frontière » entre les territoires qui relevaient de l'illustre Maison des Courtenay : à l'est à partir de Chantecoq, et ceux qui, comme La Celle (comme on disait alors) étaient sous l'influence de Ferrières et de son abbaye bénédictine : la plus grande partie de Courtemaux, Saint-Loup, Griselles, et la plupart des villages voisins.

L'histoire de La Celle ne se distingue pas de l'histoire du Gâtinais et de la France en général. Quelques points de repaire au cours des derniers siècles, surtout depuis le XVIIe (avant, pas grand-chose de solidement établi).

- La grosse cloche a été bénite en 1696 par Louis d'Aquin, à l'époque seigneur du château, qui l'a baptisée Radegonde.
- La première école, est mentionnée 1707, à la fin du règne de Louis XIV, payante bien entendu. Le maître est également tailleur.
- En 1709, 57 décès dans l'année sur une population qui déjà ne devait plus être à 700 car il y avait eu quelques années difficiles à la fin du XVIIe siècle. Au moins 10 % de la population : peste ? famine ? On ne sait, les deux peut-être.
- 1719, épidémie de petite vérole (variole). 200 cas rapportés dans l'année. Décès : on ne sait combien. Mais certainement beaucoup.
- Milieu XVIIe, deux curés jansénistes se succèdent
dans la paroisse, Berrand et Brideron. Ils ont vu leur mandat interrompu par décision de l'évêque de Sens.
- L'agriculture constitue la principale r
essource. Il s'agit de polyculture avec une large place pour l'élevage ; faute d'engrais, on pratique la jachère. La vigne est très présente mais aussi les cultures textiles (chanvre). Les accidents climatiques sont fréquents : on est pendant le "petit âge glaciaire". Ils ont de redoutables conséquences (envolée des prix, famine …).
- A la Révolution, cahier de doléances communal pour le Tiers état. On ne connaît pas son contenu, probablement inspiré d'un modèle type qui circulait alors. Pour la noblesse, le cahier de doléances est fait pour le baillage de Montargis et l'un des tout premiers signataires est un certain comte de Béthisy, seigneur de La Celle sur le Bied. On relève également la signature de l'écuyer de Chasseval, titulaire du fief de Caubert.

- Des faits divers émaillent aussi l'histoire du village. En 1768, Creusillat, l'intendant du château est assassiné au-dessus de la vanne. Le meurtre ne sera jamais élucidé.
- Le curé de l'époque est jureur. Il accepte la Révolution. Un moment écarté, il a retrouvé sa cure en 1804, après le Concordat.
- Dans le premier découpage administratif réalisé sous la Révolution, La-Celle-sur-le Bied est le chef-lieu d'un canton qui regroupe Courtemaux, Saint
-Loup, Louzouër, Thorailles, La Chapelle-Saint-Sépulcre, Mérinville, Pers, Rozoy, Bazoches... La réforme opérée par le Consulat supprimera ce canton et La Selle (*3) est rattachée à Courtenay.
- Au XIXème, période de grandes transformations. On construit le pont en 1870/1872. On édifie l'école publique et la mairie à la même époque. C'est à ce moment que s'enclenche l'exode rural qui va quasiment vider le pays de ses habitants en un siècle.
- Une grande ferme dépendant du château occupait la place du haut (place d'Ile de France). Elle
est détruite dans la deuxième moitié du XIXe siècle.
- En un peu plus d'un siècle (de 1830 à 1950), le réseau de voirie communale et départementale se met en place et devient carrossable.
- Au XXe siècle, des années trente au début des années
cinquante, l'électricité et l'adduction d'eau se généralisent.

- En 1870 : 12
morts. En 1914 : 25 morts. Par comparaison aux autres villages, plus de pertes à La Selle en 1870. D’importants combats ont eu lieu dans la région (Beaune la Rolande) et les « territoriaux » ont été engagés. - En 1940, quatre victimes civiles à déplorer. Jusqu'à l'ouverture du front russe, un détachement allemand est cantonné au bourg. En 1943 un déserteur allemand subsiste plusieurs mois dans les fermes de la commune. Il est finalement abattu par la gestapo. En août 1944, à l’arrivée des américains, deux soldats allemands sont capturés par la résistance. La nuit suivante, les Allemands reviennent et fouillent plusieurs maisons.

Un certain nombre de personnes ayant vécu à La Selle illustrent la mémoire de ce village. Parmi elles, on peut citer, sans être exhaustif :

  - Au début du XVIIe siècle, Antoine Lhoste, lieutenant général du baillage de Montargis, est installé aux Renards (la chapelle de son domaine a subsisté jusqu'au XXe siècle). C'est un grand légiste qui publiera une version de la Coutume de Lorris, un disciple de Montaigne ; il accueillera plusieurs fois Henri IV à Montargis. De Montargis aux Renards, il empruntait la Route de La Selle qui, à l'époque, reliait directement Montargis au gué de Caubert.

  - Dans les années 1630-40, le château est propriété d'une dame Saulx de Tavannes, famille illustre qui se prétend de sang royal (*3b), présente aux croisades, à Pavie, et dont plusieurs membres seront gouverneurs de Bourgogne.

  - Le comte de Béthisy. Personnage de haut rang. Il avait des fiefs ailleurs qu'à La Selle, et notamment en Picardie où il existe un village du nom de Béthisy, à proximité de Compiègne. Il a émigré, et le château a été vendu comme bien national (à l'intendant). Il a fait un retour brillant : gouverneur des Tuileries et pair de France en 1820 jusqu'à son décès. Mais il n’a pas récupéré le château.
Une Béthisy s'est illustrée de façon tout à fait particulière, lors de l'assassinat du duc de Berry en 1820 à sa sortie de l'Opéra. Suivante de la duchesse de Berry, c'est elle qui a retiré le couteau de la poitrine du fils de Charles X (*4).

  - Autre personnalité qu'on
invoque parfois, de façon erronée : la marquise du Deffand. Il y a bien une dame du Deffand, inhumée dans l'église de La Selle-sur-le Bied, mais ce n'est pas la "grande", celle qui a entretenu une correspondance avec Voltaire et dont le salon a joué un grand rôle dans la diffusion des Lumières, mais probablement une parente.

  - A signaler aussi Gustave Frégis, l’un des fondateurs, à la fin du XIXe siècle, de la médecine vétérinaire moderne. Né à Courtemaux, il a exercé à La Selle sur le Bied, a été maire de Rozoy et y a fini sa vie au château des Noues. Il fut collaborateur de Pasteur (travaux concernant la rage) et consultant du Tsar.

  - Autre personnage de premier plan : René Sédillot qui, au cours de la deuxième moitié du XXème siècle, a été un des représentants les plus éminents de la pensée libérale en économie, un historien et grand journaliste. Il habitait le château.

  - Enfin,
à l'époque contemporaine, la commune peut s'enorgueillir d'avoir compté parmi ses habitants des artistes célèbres, Daniel Spoerri et le sculpteur Erik Dietman. Ce dernier est décédé en 2002, après avoir vécu 30 ans à La Selle et y avoir réalisé beaucoup de ses œuvres dont probablement ("l'Ami de Personne") qui a trouvé place au jardin des Tuileries à Paris.

L'EGLISE

L'architecture de cet édifice religieux est composite. Dans un premier temps, probablement au XIe/XIIe siècle, on substitue une église
paroissiale au prieuré. Il en reste principalement les deux puissants piliers qui soutiennent les arcs ogivaux des arcades.

- Le haut du portail, avec son archivolte boudinée, est d’époque médiévale. Le bas a été refait au cours du XIXe siècle. La porte d'entrée, elle, pourrait remonter au XVIe (elle comporte des « plis de serviettes »). Très ancienne aussi, une porte sous la chaire que l'on ne voit que de l'extérieur. Elle devait permettre la communication avec le château ou le cimetière.

Le collatéral nord est nettement postérieur à la nef, contemporain des peintures murales. Après les troubles de la guerre de Cent ans, la population s'accroît ; il faut une église plus grande. On construit donc ce bas-côté et sans doute refait-on, ou avait-on déjà refait à des périodes d'accalmie, tout ce qui a dû être endommagé au cours du terrible siècle (1350/1450 approximativement) qu'a connu notre région. L'arc de gloire, d'un parfait dessin gothique, remonte à ces époques.

Au XIXe (1860/1870), sous l'épiscopat de Dupanloup, on fait des travaux : tout le chœur et la chapelle de la Vierge, sans doute refaits en imitation de ce qu'il y avait avant.

Quant à la voûte de la nef, elle est refaite à nouveau dans les années 1960.

Concernant le décor lié à l'architecture, dans la chapelle de la Vierge : quatre culots en bas des nervures qui descendent des ogives. Ce sont des personnages de l’Ancien Testament : David, le roi musicien ; portant un phylactère, Isaie le quatrième des prophètes majeurs ; bien qu'imberbe, Moïse car il est apparemment cornu ; enfin Jean Baptiste avec son agneau, qui fait la liaison avec le Nouveau Testament.

- Les vitraux de 1891 sont intéressants par leur iconographie. Elle est dans la tradition régionale. Mais on peut aussi y voir une signification au regard des débats politico-religieux de l'époque.

- On reconnaît Clotilde, qui a convaincu Clovis de se convertir
vers de l'an 500. Dans le fond, la bataille de Tolbiac. Thème local que l'on trouve à Château-Landon, à Ferrières (Notre-Dame-de-Bethléem). Au-dessus, dans un médaillon, saint Louis, saint protecteur de la monarchie française, sous son chêne, rend la justice. On aperçoit le donjon de Vincennes et la Sainte-Chapelle…

- Autre vitrail à distinguer, celui consacré à Radegonde patronne seconde de La Selle-sur-le-Bied (église de la Sainte-Trinité) en train de
s'opposer à son mari, le roi Clotaire Ier - dont elle n'approuve pas la conduite - qui la somme de rentrer au Palais et lui tend la couronne. Elle a choisi la vie religieuse et se mettra sous la protection de l'évêque Médard à Noyon. Ensuite, elle fondera, à Poitiers, le monastère Sainte-Croix pour abriterles reliques envoyées par l'empereur de Constantinople.

En regardant attentivement, on voit des svastikas. Rien à voir avec le nazisme : on est au XIXe siècle. Cet élément de décor est un symbole de l'éternel retour dans la tradition indo-européenne, déjà présent dans la Grèce antique et encore très fréquent dans l'Inde d'aujourd'hui. L'aryanisme, au XIXe siècle, dont le svastika est un symbole, avait été mis à la mode par le romantisme. Ici, il n'est peut-être qu'un élément de décor… Très rare, cependant, dans un édifice religieux.

Radegonde a été considérée longtemps comme la protectrice de la monarchie capétienne. Charles VII, qui voulait faire reconnaître sa légitimité, considérait que son royaume était placé sous la protection de la sainte, belle-fille par alliance de Clovis et Clotilde, à l'origine de la monarchie française. Les Capétiens, dans leur ensemble, ont beaucoup vénéré Radegonde. Or, à la fin du XIXe siècle, on débattait encore entre républicains et monarchistes, entre légitimistes et orléanistes. En choisissant Clotilde et Radegonde, en évoquant saint Louis, n'a-t-on pas voulu mettre un peu de symbolisme politique ? C'est la dame Martinet, veuve d'un boucher, qui a payé les vitraux. Peut-être était-elle royaliste, et même légitimiste ?

- Dans la chapelle de la Vierge, à signaler un remarquable lys à la couronne d’épines, et dans le chœur un vitrail de l’adoration des bergers, non signé, qui selon de récentes recherches, pourrait être attribué à Gaspar Gsell, l’un des plus réputés artistes verriers du 19e siècle.

- Dans le chœur, on peut reconnaître les armes de la famille d'Aquin. L'autre blason pourrait s'inspirer des armes de Mgr Dupanloup. En effet, ce prélat célèbre a occupé le siège épiscopal d'Orléans au milieu du XIXe siècle.

- L'un des blasons de la chapelle de la Vierge est sur le thème de l'alpha et de l'oméga (le Christ).

- L'autre évoque probablement les armoiries d'une famille ayant possédé le château.

Objets d'art :

- Le Christ en croix. Il est médiéval. Il est entouré par deux sculptures contemporaines : Saint Jean de François Lemaire ; la Vierge, d'Edgar Delvaux.

- La Vierge à l'enfant à l'entrée. On l'a dite du XVIIe ; c'est peu probable car, à cette époque, on ne se permettait guère de libertés. Or, elle est sans coiffe, les cheveux tressés, ce qui est exceptionnel et ne se rencontre guère qu'au XVIe siècle ou encore au XVIIIe siècle comme c’est probablement le cas ici. Elle est l’œuvre d'un artiste local. On la sortait pour les processions.

- Un petit Saint Antoine de Padoue en bois, d'apparence médiévale, présent dans l'église depuis les années 60 et d'origine inconnue.

- Les fonts baptismaux : la présence de godrons aide à dater : XVIe ou XVIIe.

- L'église conserve, enfin, quelques pierres tombales aux inscriptions difficiles à déchiffrer mais qui témoignent qu'elle fut, pendant des siècles, ainsi que son pourtour, un lieu d'inhumation.

Les peintures murales.

Découvertes par Jean-Marie Buisson, elles ont été classées en 1960 monuments historiques. Elles datent de la fin du XVe, peut-être tout début du XVIe (1480/1510). Elles semblent de facture bourguignonne par l'ocre relativement prononcé et le choix des personnages, notamment saint André et saint Hubert.

Si l'on compare avec La Ferté-Loupière (Le Dit des trois Morts et des trois Vifs, surtout) , il y a des points communs stylistiques. Or à La Ferté Loupière, on a dit que Guillaume de Troyes, peintre actif à Chablis, y avait travaillé. Pour La Selle, aucune preuve. En réalité, on ne connaît pas les auteurs. Peut-être y en a-t-il plusieurs, probablement bourguignons ou ayant travaillé en Bourgogne. Toutes les figures représentées ne sont d'ailleurs pas exactement dans le même style.

- Saint André est le saint patron des grands ducs de Bourgogne et de l'ordre de la Toison d'Or. A cette époque, grand débat entre la France de Charles VII et de Louis XI et la Bourgogne qui prétend constituer un Etat. Charles le Téméraire vient tout juste de mourir.

- Saint Hubert est également un thème qu'on relève fréquemment dans l'est, notamment les Ardennes, région qui fait partie du duché de Bourgogne. Ici, saint Hubert qui se permet de chasser le Vendredi Saint, se trouve face à un cerf majestueux qui arrive avec le Christ entre ses bois ; il tombe à genoux et se repent. Après, il se comportera beaucoup mieux et sera évêque. En bas, un lévrier.

- Si l'on regarde très attentivement, on peut voir des petits personnages aux pieds de saint André, saint Pierre et saint Jean.

* N'est-ce pas Maximilia, femme du bourreau de saint André et convertie par ce dernier, qui est venue récupérer le saint ?
* Pour saint Pierre, deux personnages difficiles à discerner, en position d'orant.
* En ce qui concerne saint Jean, pas de doute, les deux petits personnages en bas, à gauche, sont à coup sûr les donateurs qui ont financé l'œuvre. Le visage de la femme est particulièrement réussi.

- La représentation de saint Sébastien est remarquable. Des flèches arrivent des deux côtés, ce que la fenêtre percée au XIXe siècle masque pour partie. Au Moyen Age, saint Sébastien est censé protéger de la peste. La maladie est personnifiée par les flèches, lesquelles ne parviendront pas à le faire mourir (d'après la Légende dorée). Il faudra que Dioclétien le fasse lapider et jeter dans les égouts…

- Parmi les scènes du mur sud, en bas, près de la chaire, une énigme : qui sont les deux personnages dont le buste est effacé et qui paraissent se partager un vêtement ? Il ne peut s'agir de saint Martin, qui serait à cheval, ni de saint François qui se dévêtit seul… peut-être les bourreaux du Christ se disputant ses vêtements ?

- Autre mystère : resterait-il des peintures encore dissimulées sous un revêtement ? C'est tout à fait possible, notamment à proximité de la grande arcade la plus proche de l'entrée.

Ces peintures murales ont été badigeonnées probablement au XVIIIe siècle, peut-être pour des raisons sanitaires (désinfection consécutive à une épidémie). A cette époque, on méprisait le Moyen Age. En 1750, on passait à la chaux le portail roman d'Autun… Le XIXe siècle, au contraire, redécouvre le Moyen Age (c'est le néo gothique). Il est difficile d'imaginer que l'on ait badigeonné les peintures murales à cette époque en pleine mode néo-gothique.

LE CHATEAU ET SES OCCUPANTS AU COURS DES SIECLES (*5)

Au fond de la vallée, près du bief et du pont, entouré de ses douves, le château de La Selle-sur-le Bied appelle le regard sur sa silhouette classique.

Au Moyen Age, on trouve à La Celle des fiefs dépendant de l'abbé de Ferrières. Selon certaines sources, un château aurait existé dès les années 1360, aux mains des Anglais qui occupaient Chantecoq. Duguesclin aurait acheté leur départ (*6). Avant cette période, rien ne permet de supposer l'existence d'un manoir féodal ; un château plus ancien, dont la fonction aurait été principalement militaire n'aurait pas été construit en un point bas ?

Le blason de la commune de La Selle-sur-le Bied, créé en 1931, a incorporé les armoiries d'un seigneur du XIIe siècle, un certain Henri de La Celle dont on ne sait rien.

Au XVe siècle, l'existence d'un château est établie. Il est sans doute d'apparence féodale mais n'a plus de vocation défensive réelle (l’artillerie a été inventée !). Il est cependant doté de douves avec un pont-levis allant directement à la ferme. De ce pont-levis, il ne reste rien aujourd'hui. S'agissant des occupants, fin XVe, c'est un certain Guillaume de Rieux qui serait seigneur de La Celle (*6).

Début XVIIe, un de Randal est seigneur de La Celle, de Caubert et de Grammont. Puis on trouve trace de messire Jean-Pierre Taquet, vicomte de Corbeil, seigneur de Tigery, surintendant de la maison de Marie de Médicis. En 1637, la veuve de Jean-Pierre Taquet, Anne de Saulx de Tavannes est châtelaine. Elle vendra en 1641 à Richard Petit, chevalier et maître d'hôtel de Louis XIII, puis secrétaire du roi. Le prix était de 17 500 livres. Richard Petit fait acte de foi et hommage à l'Abbé commendataire de Ferrières (c'est l'évêque de Chalons à l'époque) et lui paie un droit de mutation de 4200 livres.

Richard Petit fait abattre la bâtisse médiévale et construit, dans les années 1640, le château actuel. C'est un petit manoir avec deux pavillons et un corps de logis central sans le premier étage, porche ouvert pour le passage des voitures à cheval, perrons perpendiculaires à la façade et non parallèles comme aujourd'hui. les murs sont en pierre, chênage en brique, selon le mode de construction en vogue à Paris. La rivière coulait au milieu de la prairie ; elle est canalisée à ce moment et alimente les douves qui forment un carré autour du château et débouchent sur un moulin.

Sur la façade sud, sur l'encadrement en pierres de taille des portes d'entrée des pavillons, de même que sur les deux montants du portail nord, on remarque de curieux motifs sculptés en bas-relief
, dont la nature et la signification demeurent mystérieuses.

Richard Petit meurt en 1661 et est inhumé dans le chœur de l'église. Le château passe à son fils, Charles Petit, qui est aussi seigneur de Louzouër. Il avait épousé Françoise Hébert, amie intime de Jeanne-Marie Bouviers de La Mothe, épouse de Jacques Guyon du Chesnoy ; il est donc probable que celle-ci, qui était montargoise, soit venue au château.

Mme Guyon a joué un rôle dans l'histoire politico-religieuse de la France.
Amie de Fénelon, elle professait une interprétation du catholicisme très personnelle et très mystique, le quiétisme. Bien que cette doctrine soit fort éloignée de l'inquiétude et de la rigueur janséniste, Jeanne-Marie Guyon n'était pas en odeur de sainteté dans l'entourage royal et s'était attiré l'hostilité de Bossuet. Elle exerça une grande influence sur les intellectuels.

En 1664, Charles Petit prend le titre de comte de La Celle, titre confirmé par Louis XIV en 1694. Il a droit de haute, moyenne et basse justice, aux honneurs dans les églises du comté : eau bénite, banc seigneurial, encensement au Magnificat. Au prône, le curé ajoutait : nous prierons aujourd'hui pour le haut et puissant messire Charles Petit et que Dieu nous le garde. Un pont spécial reliait le château et l'église avec une clef particulière.

Le comte avait droit de voirie, police des chemins, des droits fiscaux et le monopole de certaines activités. Nul ne pouvait pratiquer la boucherie sans être agréé par le seigneur qui percevait une redevance et se réservait toutes les langues de bovins. A Saint-Loup qui, à l'époque, appartenait au seigneur de La Celle, il fallait aussi l'autorisation du duc d'Orléans qui percevait la moitié des droits (mais pas de langues !). Cela donne une idée de la complexité sous l'Ancien Régime : la loi était différente d'un endroit à l'autre.
Le comte avait aussi l'exclusivité du droit de chasse, de pêche et de pigeonnier.

Il meurt à Paris en 1672, et est inhumé à Saint-Eustache. Sa fille, enfant, reste sous la tutelle de sa mère. Elle épousera le seigneur de Préval qui prendra, lui aussi, le titre de comte de La Celle. Il vendra son comté à la comtesse d'Aquin.
Le comte d'Aquin, un officier, est un lointain descendant d'une illustre famille, qui comprend saint Thomas, originaire de l'Italie du Sud, au service de Frédéric II Hohenstaufen, montée vers le nord à la fin du Moyen Age et ayant suivi Marie de Médicis en France (*7).

La Celle passe à Marguerite Octavie de Recqueleyne-Graslin, épouse Dupuy de Digny. Elle a deux filles. La seconde, Marie, épousera le marquis Eustache du Deffand, seigneur de Saint-Phal. En 1763 naît leur fille unique, Adélaïde. En 1769, Marie du Deffand devient comtesse de La Celle mais continue à habiter au château de Saint-Phal à Courtenay. Adélaïde épouse le comte de Bethisy, un militaire. Il est commandant à Toulon en 1789.

En 1785, Marie du Deffand meurt et le comté passe à sa fille, la comtesse de Bethisy. Son administration est confiée à Jean-Christophe Magniez, homme de confiance du comte.

Bethisy, en 1791, passe à l'armée de Condé, contre révolutionnaire. En 1791, le château est aux mains de Magniez : la nation le lui vend comme bien national. Une papeterie est installée dans le château ; elle fonctionnait avec des cylindres anglais et consommait 250 kg de chiffons par jour, produisait du papier pour les affiches roses, bleues, du carton… En 1800, elle fabriquait également du papier destiné à faire des timbres. 24 ouvriers en 1812 ; 34 en 1819.

Vers 1835, le château est acheté par Alexandre Pelletier, notaire à La Selle qui y installe son étude. Sa fille Amanda épouse Amédée Perrier, également notaire à La Selle.

En 1906, à la mort d'Amédée, le château revient à son fils, Alexandre Perrier, procureur à Montargis. Il entreprend de gros travaux, relève la charpente, ajoute un étage au milieu, ferme le porche, transforme les perrons qui deviennent parallèles à la façade. En 1935, il laisse l'usufruit à sa veuve. Celle-ci meurt en 1940 sans héritier direct. Par testament, le château est légué à la commune pour en faire un asile de vieillards indigents et, en cas d'inexécution, à sa cousine Irma Duché, petite fille d'Alexandre Pelletier.

Le château est pillé durant l'exode, de même que par les Allemands. En effet, en 1940, il est occupé par une unité allemande.

Il sert, durant quelques années, à héberger une personne âgée, indigente, de la Commune et accueille brièvement les enfants de La Selle-sur-le Bied durant les travaux nécessaires pour la réfection des écoles.

Puis, la clause du testament n'ayant pas été respectée, le château revient, par décision judiciaire, à Gabrièle Duché, épouse de Henri Sédillot. René Sédillot hérite de la propriété.

En 1963, André Malraux, ministre de la culture, à l'invitation de René Sédillot, visite le château et l'église.

A la fin du XXe siècle, des bâtiments de la ferme jouxtant le château, qui semblent avoir constitué les écuries et autres communs, très délabrés, disparaissent.

Le château de La Selle-sur-le Bied est un monument protégé, inscrit pour la plus grande partie, à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

La cave de la ferme du château (8).

Il s'agit d'une cave voûtée à la romane, sur voûtes d'arêtes avec des clefs de voûte. Pas très spectaculaire mais très ancienne : XIe, début XIIe. Elle mérite le coup d'oeil pour son ancienneté ; c'est à l'évidence l'élément construit le plus ancien de la Commune. Il s'agit probablement d'une cave du prieuré initial
(*8).




(1)
Almanach républicain du Gâtinais. 1909 (retour 1 ).
(1b) Données communiquées pour partie par P. Duthoit (retour 1b
)
(2) Selon Georges Duby : Art et Société au Moyen-Age (retour 2 ).
(3) A partir du XIXe, La Selle et non plus La Celle … (retour 3).
(3b) Lettres d'Italie du Président de Brosse qui, pour avoir contesté ce lien avec la dynastie capétienne, sera (temporairement) écarté de sa présidence à Dijon (retour 3b).
(4) Mémoires de la comtesse de Boigne, Mercure de France. 2001 (retour 4).
(5) Les développements qui suivent s'appuient sur les recherches et documents de R. Sédillot (retour 5 ).
(6) D'après Paul Gache
(retour 6).
(7)
Le Saint Empire romain germanique, Francis Rapp. Ed. Tallandier . 2000 (retour 7).
(8)
Bulletin de la Société d'émulation de Montargis, N° 103. Etude détaillée de Janine Ben Amor.




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